La UNE

Macron et Le Pen poursuivent leur mano a mano

Emmanuel Macron et Marine Le Pen, en déplacement dans le Sud-Est, avec dans la soirée un grand meeting à Nice, poursuivent leur mano a mano à distance à dix jours du second tour de l'élection présidentielle.

La candidate du Front national a une nouvelle fois démarré sa journée à l'aube jeudi, par une sortie de quatre heures en mer à bord d'un chalutier appartenant à un candidat FN aux élections régionales de 2015, baptisé "Grâce de Dieu II".

"Madame Le Pen se promène à la pêche. Bonne promenade. La sortie de l'Europe qu'elle propose c'est la fin de la pêche française. Pensez-y", a ironisé son adversaire Emmanuel Macron sur son compte Twitter.

Mme Le Pen a été accueillie au port du Grau-du-Roi (Gard) par une centaine de sympathisants scandant "Marine présidente!".

Elle en a profité pour revenir sur sa visite surprise la veille sur le site de Whirlpool à Amiens, en assurant que "ce n'était pas des militants, c'était les salariés de Whirlpool" qui l'ont alors soutenue, contrairement à ce qu'a affirmé le candidat d'En Marche!.

"Il ne veut pas l'admettre, mais c'est la réalité", a-t-elle lancé, alors que M. Macron l'a accusée de lui "avoir couru après à Amiens", en organisant cette visite surprise auprès des salariés de Whirlpool pendant que lui-même s'entretenait avec l'intersyndicale.

Elle s'en est aussi pris à BFM TV qui a affirmé que des militants FN avaient en amont de sa visite offert des croissants aux salariés pour préparer un bon accueil.

Accueilli mercredi après Mme Le Pen sur le site par des sifflets et des "Marine présidente", M. Macron avait estimé que "Mme Le Pen fait de l'utilisation politique, puisqu'elle va haranguer des militants politiques sur un parking".

Richard Ferrand, secrétaire général d'En Marche!, a brocardé jeudi le "Le Pen Circus" et regretté que le "front républicain ne se constitue pas" contre la candidate FN.

"Voilà une PME qui marche, mais sur la misère des autres, sur la misère du monde", a-t-il fustigé, tandis que le secrétaire général du PCF Pierre Laurent a dénoncé son "discours trompeur" et prédit "beaucoup de déception et d'amertume demain" si elle était élue présidente.

- "Jeune trader" contre "héritière née dans un château" -

M. Macron "a indiqué qu'il mettra en place une politique que je considère comme étant une politique de casse sociale par ordonnances, sans même qu'il y ait un débat devant les assemblées", a rétorqué Marine Le Pen, accusant Pierre Laurent de donner "un blanc-seing à M. Macron pour mettre en place une politique de ravage social".

La candidate du FN tiendra dans la soirée son premier grand meeting de l'entre-deux-tours à Nice, "coup de chapeau" à une région dans laquelle "traditionnellement, il y a un lien de confiance fort" avec les électeurs, a-t-elle salué dans un entretien au quotidien Nice-Matin. Elle y qualifie son adversaire de "jeune trader" qui "a la froideur des grandes entreprises qui licencient sans état d'âme".

Emmanuel Macron a lui promis mercredi qu'il ne laisserait "pas un centimètre d'espace, pas une seconde de répit, pas une once d'énergie" à son adversaire.

En meeting à Arras (Pas-de-Calais) devant quelque 3.000 personnes, il a accusé le FN d'avoir "les pires pratiques de l'Ancien Régime". "Mme Le Pen est l'héritière de ce système, elle est née dans un château et elle donne des leçons, elle se prétend du peuple", a-t-il tonné.

Il sera jeudi soir l'invité de l'émission "Elysée 2017" sur TF1 et LCI, après avoir accordé dans la journée un entretien à la presse régionale.

Emmanuel Macron, en baisse de 4 points, reste la personnalité politique qui suscite le plus de soutien, selon un sondage Odoxa diffusé jeudi. Avec 41% d'opinions favorables, le candidat d'En Marche! garde l'avantage sur Marine Le Pen, qui gagne pour sa part 4 points de popularité à 33%.

Plusieurs lycées parisiens ont été bloqués jeudi par des élèves protestant contre l'affiche du second tour de l'élection présidentielle. "Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron", résumait une pancarte devant le lycée Voltaire.

"Ni Marine ni Macron": des lycéens manifestent à Paris

"Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron": environ un millier de jeunes se sont rassemblés jeudi à Paris pour protester contre l'affiche du second second tour de l'élection présidentielle, provoquant des tensions avec les forces de l'ordre.

Les manifestants s'étaient donné rendez-vous place de la République, à l'appel de mouvements de lycéens et étudiants "antifascistes" et "anticapitalistes". Ils ont rejoint la place de la Bastille, taguant sur leur chemin plusieurs abris publicitaires avec le slogan "Ni Le Pen, ni Macron" ou incendiant des poubelles. Ils ont également détérioré plusieurs vitrines, notamment celle d'une agence bancaire, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les forces de l'ordre ont essuyé des jets de bouteilles en verre. Elles ont riposté avec des gaz lacrymogènes.

Aux cris de "anticapitaliste", les manifestants ont brandi des pancartes "élections, choisis tes maîtres", "je porte le deuil de la démocratie". Une banderole affichait la formule: "Stop la marche, éteindre la flamme, ça va péter dans tout Paname", double allusion au mouvement En Marche! d'Emmanuel Macron et au logo du Front national, que symbolise une flamme tricolore.

Auparavant, des blocages ont été organisés dans plusieurs lycées parisiens. "Une vingtaine" de lycées étaient "diversement mobilisés", a déclaré à l'AFP le rectorat de Paris, précisant que quatre établissements étaient bloqués et six autres partiellement. Le ministère de l'Education nationale a évoqué "quelques rares mobilisations en régions".

Devant le lycée Voltaire, dans l'est parisien, une centaine de jeunes, certains le visage dissimulé par un foulard, se sont rassemblés très tôt dans la matinée, a constaté un journaliste de l'AFP. Des poubelles ont été placées devant les portes de l'établissement. Les manifestants ont posé dessus des pancartes avec les mentions "Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron", "leurs élections, notre avenir". Un drapeau anarchiste flottait également.

Au lycée Paul Valéry, des lycéens ont confectionné une affiche "Ni Le Pen ni Macron". Selon Anouk, 16 ans, un "sit-in pacifique" a été organisé devant le lycée Buffon dans le XVe arrondissement. "On se désolidarise des blocus et des manifestations violentes, on veut garder une légitimité maximale", a dit l'élève de terminale. "On est en désaccord avec les valeurs portées par le Front national, et comme on n'a pas encore le droit de vote, on doit s'exprimer autrement", a-t-elle ajouté.

D'autres appels à des rassemblements ont été émis dans plusieurs villes en régions.

La Syrie accuse Israël de tirs de missiles près de Damas

La Syrie a accusé son voisin israélien d'avoir provoqué une énorme explosion jeudi en tirant des missiles sur une position militaire, près de l'aéroport international de Damas.

L’Etat hébreu, qui confirme rarement ses nombreuses attaques lancées en territoire syrien depuis le début de la guerre civile en 2011, a laissé entendre qu'il pourrait en être l'auteur.

Si son implication se confirmait, il s'agirait de la deuxième attaque menée en quatre jours par Israël contre des cibles en Syrie.

"Une position militaire au sud-ouest de l'aéroport international de Damas a été la cible à l'aube d'une agression israélienne avec plusieurs missiles (...)", qui a provoqué des dégâts matériels, a indiqué l'agence officielle Sana citant une source militaire. Elle n'a pas précisé s'il s'agissait d'une position syrienne.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a lui indiqué qu'un dépôt d'armes, vraisemblablement appartenant au Hezbollah libanais avait explosé près de l'aéroport sans fournir d'autres détails. La plus grande partie de l'entrepôt était vide, a dit l'ONG.

Bête noire d'Israël, le Hezbollah combat au côté du régime de Bachar al-Assad contre rebelles et jihadistes.

Selon la télévision Al-Manar du Hezbollah, l'explosion, "vraisemblablement due à un raid aérien israélien" s'est "produite dans des dépôts de fuel et un entrepôt".

En Israël, le ministre du Renseignement Israël Katz a déclaré que la frappe présumée était "cohérente" avec la politique israélienne, sans confirmer une responsabilité de son pays.

- "Boule de feu" -

L'aéroport international de Damas est situé à environ 25 km au sud-est de Damas, un bastion du régime Assad.

Un témoin habitant dans le quartier de Dawwar al-Baytara à Damas, a raconté à l'AFP avoir entendu une puissante déflagration.

"Vers 04H00 du matin, j'ai entendu une énorme explosion, j'ai accouru au balcon et en regardant du côté de l'aéroport, j'ai vu une énorme boule de feu", a dit Maytham, 47 ans.

"L'électricité était coupée. La boule de feu était bien visible", a-t-il ajouté.

Israël s'alarme de la présence en Syrie du Hezbollah et de forces envoyées par l'Iran, son autre ennemi juré, pour prêter main forte au régime.

Mi-mars, Israël et la Syrie ont connu leur plus sérieux incident depuis le début du conflit syrien. Un raid israélien près de Palmyre (centre) sur des cibles présentées par Israël comme liées au Hezbollah a provoqué une riposte de l'armée de l'air syrienne et un tir de missile en direction d'Israël a été intercepté.

Dans une rare confirmation de frappes en Syrie, Israël avait reconnu ce raid contre le Hezbollah, soutenu par Téhéran.

"Quand l'on identifie des tentatives de transfert d'armes sophistiquées au Hezbollah et que nous avons des informations des services de renseignement à ce sujet, nous agissons pour les prévenir", avait alors dit le Premier ministre Benjamin Netanyahu. "C'est ce qui s'est passé et c'est comme cela que nous continuerons d'agir".

- "Lignes rouges" -

Deux jours plus tard, Israël Katz rappelait ce qu'Israël considère comme des "lignes rouges": empêcher le transfert d'armements sophistiqués au Hezbollah et l'ouverture d'un front près du territoire israélien.

La dernière frappe israélienne en Syrie remonte à dimanche. Trois miliciens loyaux au régime ont été tués dans un bombardement israélien contre leur camp Qouneitra sur le plateau du Golan, selon la milice. Israël s'était refusé à tout commentaire.

En janvier dernier, le régime syrien a accusé l'Etat hébreu d'avoir bombardé son aéroport militaire de Mazzé, dans la banlieue ouest de la capitale, qui abrite les services de renseignements de l'armée de l'air.

En 2016, plusieurs missiles israéliens frappent les environs de cette base militaire. La même année, M. Netanyahu admet qu'Israël a attaqué des dizaines de convois d'armes destinés au Hezbollah en Syrie.

L'aéroport de Damas lui-même a été visé, selon le régime, par des raids israéliens en 2014.

Israël et la Syrie sont techniquement en état de guerre. De même qu'Israël et le Liban, voisin de la Syrie.

Déclenchée en mars 2011 par la répression de manifestations antirégime, la guerre en Syrie s'est progressivement complexifiée avec l'implication de groupes jihadistes, de forces régionales et de puissances internationales, sur un territoire très morcelé. Elle a fait plus de 320.000 morts.

Les 100 premiers jours de Trump en 10 tweets

Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump tweete sur tout: de déclarations géopolitiques en attaques personnelles, ses plus de 28 millions d'abonnés sur le réseau social sont au courant de ses moindres états d'âme.

Inscrit en mars 2009 sur Twitter, le président américain compte près de 35.000 messages à son actif et a insisté pour continuer à utiliser le réseau social après sa prise de fonction, estimant que cela lui permettait d'être en contact direct avec le peuple américain.

Voici ses 10 interventions les plus marquantes sur Twitter depuis qu'il s'est installé à la Maison Blanche:

- L'Amérique d'abord -

. "Nous suivrons deux règles simples: ACHETER AMERICAIN et EMBAUCHER AMERICAIN", écrit-il le 20 janvier après sa prestation de serment, mettant ainsi clairement en avant sa philosophie politique.

. "Nous devons laisser +le diable+ hors de notre pays !", pour justifier le décret d'interdiction d'entrée dans le pays aux ressortissants de plusieurs pays à majorité musulmane, le 3 février.

. "Où va notre pays quand un juge peut bloquer une interdiction de voyager édictée par le département de la Sécurité intérieure et que n'importe qui avec de mauvaises intentions peut entrer aux USA ?", regrette-t-il dans la foulée, après que le décret a été bloqué en justice.

- Ami ou ennemi ? -

. "La Corée du Nord se comporte très mal. Ils +jouent+ avec les Etats-Unis depuis des années. La Chine n'a pas fait grand chose pour aider !", s'énerve-t-il le 17 mars à propos des programmes nucléaire et balistique de Pyongyang. Washington estime que Pékin doit faire pression sur son allié nord-coréen.

. "Pourquoi est-ce que j'accuserais la Chine de manipuler le taux de change de sa monnaie quand ils travaillent avec nous sur le problème nord-coréen ? On verra ce qui arrive !", tweete Donald Trump dans un clair changement de posture vis à vis de Pékin, le 16 avril.

. "L'Allemagne doit de grosses sommes d'argent à l'Otan et les Etats-Unis doivent être payés davantage pour la puissante, et très chère, défense qu'elle offre à l'Allemagne !", réclame-t-il, s'en prenant cette fois à la chancelière Angela Merkel, pourtant un allié traditionnel de Washington, le 18 mars.

- "Sur écoute" -

. "Terrible ! Je viens de découvrir qu'Obama m'avait +mis sur écoute+ à la Trump Tower juste avant la victoire. Rien trouvé. C'est du maccarthysme !", accuse le milliardaire, sans fournir aucune preuve que son prédécesseur Barack Obama ait effectivement mis son immeuble de Manhattan sur écoute.

. "Ne croyez pas les grands médias (de fausses informations). La Maison Blanche fonctionne TRES BIEN. J'ai hérité d'un BAZAR que je suis en train de régler", se défend-il le 18 février après ses premières semaines en fonction.

- Les ennemis du peuple -

. "Les FAKE NEWS médias (@nytimes, @NBCNews, @ABC, @CBS, @CNN) ne sont pas mes ennemis, ce sont les ennemis du Peuple Américain", dit-il le 17 février dans une de ses fréquentes attaques contre les grands médias.

- Triste (télé)réalité -

. "Arnold Schwarzenegger ne quitte pas volontairement The Apprentice, il a été viré par ses mauvaises (pathétiques) audiences, pas par moi. Triste fin pour une super émission", réagit-il le 4 mars après l'arrêt de son ancienne émission de téléréalité, dont Arnold Schwarzenegger avait pris la suite.

Le Venezuela se retire de l'Organisation des Etats américains

Le Venezuela, secoué par une vague de manifestations de l'opposition où une trentaine de personnes ont perdu la vie en près d'un mois, a annoncé mercredi son retrait de l'Organisation des Etats américains (OEA), accusée d'"ingérence" par le gouvernement du président Nicolas Maduro.

"Demain (jeudi) nous présenterons une plainte devant l'OEA et nous lancerons un processus qui prend 24 mois" pour faire sortir le pays sud-américain de cet organisme régional basé à Washington, a annoncé à la télévision la chef de la diplomatie vénézuélienne Delcy Rodriguez.

L'OEA, dont le secrétaire général Luis Almagro a traité le chef de l'Etat vénézuélien de "dictateur", s'est réunie mercredi pour convoquer un mini-sommet des ministres des Affaires étrangères de la région sur la crise vénézuélienne, sans préciser de date.

Mme Rodriguez avait déjà menacé mardi soir de quitter l'organisation si une telle réunion avait lieu. Début avril, elle avait accusé plusieurs pays de la région d'agir de concert en faveur d'une ingérence dans les affaires du Venezuela, pour "satisfaire les intérêts de Washington".

De son côté, M. Almagro, l'un des plus critiques à l'international envers M. Maduro, avait annoncé à diverses reprises vouloir invoquer la charte démocratique de l'organisme pour obtenir la suspension de Caracas de l'OEA.

Ce coup d'éclat diplomatique intervient alors que des affrontements ont a nouveau opposé mercredi la police et les opposants au gouvernement.

- Pluie de gaz lacrymogènes -

Les deux groupes se sont fait face sur l'autoroute Francisco-Fajardo, voie d'accès à la capitale et théâtre des précédents heurts, sous une pluie de gaz lacrymogènes et jets d'eau d'un côté, de cocktails Molotov et de projectiles de l'autre.

Plusieurs autres défilés en faveur d'élections anticipées ont eu lieu à travers le pays.

Vêtus de blanc et portant des drapeaux rouge, jaune et bleu du Venezuela, les antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013) n'avaient qu'un objectif: atteindre le coeur de Caracas, considéré comme un bastion du pouvoir, pour manifester devant les locaux du Défenseur du peuple, l'autorité devant veiller au respect des droits de l'homme.

Comme les autres fois, ils en ont été empêchés par les forces de l'ordre. Signe de l'atmosphère rendue irrespirable à cause des gaz lacrymogènes, une école proche des heurts à Caracas a dû être évacuée, à constaté l'AFP.

"Je veux mourir dans un Venezuela libéré de la dictature. Cela fait près d'un mois que je proteste et je vais continuer jusqu'à ce que nous en finissions", a déclaré à l'AFP Elizabeth Freites, 77 ans.

Jeudi, les députés de l'opposition, majoritaire au Parlement, ont prévu de tenir une séance dans un lieu public et de rendre hommage au dernier manifestant mort à Caracas.

Ramon Muchacho, le maire de Chacao, un quartier de Caracas, a dénoncé sur Twitter la mort de ce jeune homme de 20 ans, hospitalisé mercredi "sans signes vitaux" après avoir été touché à la poitrine par une cartouche de gaz. Le ministère public a confirmé ce décès.

Un peu plus tôt, le parquet avait annoncé la mort dans la nuit précédente d'un homme de 22 ans blessé par balle lundi durant une manifestation à Valencia (nord).

- 28 morts -

Au total, on compte déjà 28 morts, selon le dernier bilan du parquet -29 selon le chef de l'Etat- qui a dénombré aussi 437 blessés et 1.289 personnes arrêtées pour divers troubles et saccages.

Ce bilan est le plus lourd depuis la vague de manifestations de 2014 qui avait fait officiellement 43 morts.

Presque toutes ces marches d'avril ont dégénéré en heurts et pillages. A cela s'est ajoutée la violence exercée par les "colectivos", des groupes de civils armés par le gouvernement, selon l'opposition.

Par ailleurs, 14 journalistes au total ont été arrêtés et 106 agressés en quatre semaines, a indiqué le Syndicat national des travailleurs de la presse.

En réponse à ces manifestations de l'opposition, les soutiens du gouvernement ont marché en masse mercredi vers le palais présidentiel de Miraflores, pour écouter le chef de l'Etat.

L'étincelle à l'origine de cette vague de manifestations, quasi-quotidiennes depuis début avril, a été la décision de la Cour suprême de s'arroger les pouvoirs du Parlement, seule institution contrôlée par l'opposition depuis fin 2015.

L'opposition avait dénoncé une tentative de "coup d'Etat" et l'indignation diplomatique provoquée avait finalement forcé l'autorité judiciaire à faire marche arrière 48 heures plus tard.

Dans ce pays pétrolier dont l'économie s'est effondrée avec la chute des cours du brut, la majorité des aliments et médicaments sont introuvables. Sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ de M. Maduro, selon un sondage Venebarometro.

Assistants FN: le Parlement européen estime son préjudice potentiel à 5 millions d'euros

Quel que soit le résultat de la présidentielle, le Front national et Marine Le Pen devront affronter leurs dossiers judiciaires : dans l'affaire des assistants d'eurodéputés soupçonnés d'emplois fictifs pour financer le parti, le Parlement européen estime désormais son préjudice potentiel à cinq millions d'euros.

La candidate à la présidentielle, qualifiée au second tour face à Emmanuel Macron, répète volontiers qu'elle est "en guerre" contre cette Union européenne. Mais le Parlement européen, où le FN avait envoyé le plus important contingent français en 2014, avec 24 élus, ne semble pas rester les bras croisés.

Via son avocat en France, Patrick Maisonneuve, ses services ont transmis cette semaine aux juges financiers à Paris une réévaluation du préjudice potentiel pour les salaires qui auraient été versés frauduleusement aux assistants de d'eurodéputés frontistes, a appris jeudi l'AFP de sources proches du dossier.

Dix-sept élus sont visés - parfois pour plusieurs assistants - dont Marine et Jean-Marie Le Pen, Louis Aliot ou Florian Philippot, et le préjudice s'élèverait désormais à 4,978.122 euros pour la période du 1er avril 2012 au 1er avril 2017, contre 1,9 million d'euros lors d'une évaluation de 2015.

Pour ce calcul, les services du Parlement, qui s'appuient sur l'enquête en cours et les rapports du gendarme antifraude de l'UE, l'Olaf, ont additionné les cas où les soupçons lui apparaissaient suffisants. L'enquête judiciaire en France devra les confirmer.

"Cinq millions d'euros, c'est n'importe quoi", a réagi le trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just, tout en déplorant une "énième violation du secret de l'instruction".

- Marine Le Pen visée -

Le Parlement a déjà lancé des procédures de recouvrement pour un total de 1,1 million d'euros concernant six eurodéputés, dont Marine Le Pen (340.000 euros), procédures contestées en justice par les élus FN.

Les juges français cherchent à déterminer si le parti d'extrême droite a mis en place un système pour rémunérer ses permanents ou des cadres avec des fonds publics européens, en les faisant rémunérer comme assistants de ses eurodéputés.

Ils ont demandé au Parlement européen de lever l'immunité de Marine Le Pen, qui a refusé de se rendre à une convocation en vue de sa possible mise en examen pour abus de confiance le 10 mars, au sujet des salaires versés à sa chef de cabinet au FN, Catherine Griset, elle-même mise en examen pour recel. Dans le cas où elle serait élue présidente de la République, Marine Le Pen bénéficierait d'une immunité totale et ne pourrait plus être entendue ou poursuivie jusqu'à la fin de son mandat, même si l'enquête se poursuivrait s'agissant des autres élus frontistes.

Les enquêteurs ont accumulé des indices. Par exemple le cas de cet assistant mis en examen, Charles Hourcade, employé comme graphiste au FN, et dont l'expertise du matériel informatique lors des investigations n'a fait ressortir qu'un échange de courriel avec sa députée européenne pendant la durée de son contrat, entre septembre 2014 et mars 2015. Ou Catherine Griset, dont le statut d'"assistante accréditée" aurait imposé une présence permanente à Bruxelles, mais qui "badgeait" presque chaque jour au siège du parti, à Nanterre, en 2015, d'après les éléments saisis par les policiers de l'office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff).

En perquisition, les enquêteurs ont aussi saisi des notes du trésorier faisant état d'"économies" à venir grâce au Parlement européen. Wallerand de Saint-Just a expliqué qu'il s'agissait d'économies dues aux députés élus, non à leurs assistants.

"Nous contestons toute irrégularité", a-t-il répété jeudi à l'AFP. "Personne ne conteste que nos assistants ont travaillé, il y a simplement une discussion sur la nature de leur travail", a-t-il argumenté.

Ce dossier judiciaire n'est pas le seul que le FN aura à affronter après les échéances électorales. Le parti en tant que personne morale, deux de ses cadres et des proches de Marine Le Pen attendent aussi leur procès dans l'affaire des kits de campagne aux législatives et à la présidentielle de 2012, où la justice soupçonne un système de surfacturations au préjudice de l'Etat, qui rembourse les frais électoraux avec de l'argent public. Deux autres enquêtes similaires sont ouvertes sur les campagnes successives.

A Roissy, musulmans, juifs et chrétiens prient derrière la même porte

Une porte unique qui mène à une mosquée, une église et une synagogue ? Une réalité dans les "espaces de prière" de l'aéroport de Roissy, où des aumôniers font vivre l'utopie d'un laboratoire interreligieux. Quand ils ne jouent pas les confidents éphémères pour passagers en partance.

En janvier dernier, Paris Aéroport a inauguré au terminal 2E le quatrième lieu de culte de Charles-de-Gaulle, le premier situé dans une zone de correspondances. "On a souvent des voyageurs pas rassurés, ils sont contents de pouvoir prier près de leur avion!", se félicite Moché Lewin, l'aumônier juif.

Derrière le pictogramme montrant un bonhomme agenouillé, une croix, un croissant de lune et une étoile de David guident le voyageur vers trois petites salles modulables, pour "pousser les murs" en fonction des fêtes religieuses. Dans l'église-temple et la synagogue, quelques chaises, un autel et un pupitre. Côté mosquée, des tapis multicolores. Au milieu, un bureau partagé par quatre comparses : un pasteur, un diacre, un rabbin et un imam.

En escale pour le Japon, Seydou, étudiant sénégalais, vient faire "deux prières, dont une en avance, car le vol va être long". "Dans beaucoup d'aéroports, on cherche, on cherche, mais il n'y a nulle part où prier", témoigne-t-il. "A part Heathrow à Londres, qui est très bien doté, nous sommes au top", vante le pasteur, Pierre de Mareuil.

Que viennent chercher là, chaque jour, plusieurs centaines des 180.000 passagers qui transitent par CDG et des 90.000 salariés de la plateforme ? "L'apaisement, au moment de quitter une terre, un foyer. Et le dialogue, dans l'anonymat", répond l'imam, Hazem El Shafei.

A Roissy, le fidèle n'est souvent pas très regardant quant à l'obédience du confesseur. Pierre de Mareuil confie ainsi avoir récemment longuement écouté une salariée, musulmane. "Elle traversait une période délicate et voulait m'expliquer pourquoi je ne la voyais plus venir prier", raconte ce fan de musique metal.

- "C'est casher, donc halal !" -

Lors de la dernière fête de Pourim, le repas est tombé à l'heure de la prière musulmane. "J'ai dit aux gens, +venez partager, c'est casher donc halal+. Ils sont venus", sourit le rabbin Lewin. "C'est même mieux que halal!", corrige Hazem El Shafei.

"Un tel brassage, c'est mieux que les grands ports de l'Antiquité", s'enflamme le diacre Yves de Brunhoff. Mais les quatre hommes de Dieu se veulent clairs : pas question de faire du "syncrétisme", il s'agit de promouvoir "le dialogue, le partage, la fraternité".

Quand, après l'agression d'un enseignant à Marseille en janvier 2016, un appel décrié à ne plus porter la kippa avait été lancé, le pasteur s'est ainsi promené pendant une semaine avec le couvre-chef juif, "par solidarité".

Les quatre hommes disent partager des moments "très forts". Et, souvent, "très malheureux". 06H22 : Pierre de Mareuil se souvient parfaitement de l'heure à laquelle un SMS lui a annoncé, en mai 2016, le crash du vol Egyptair et le déclenchement de la cellule de crise, dont ils font partie intégrante.

Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, qui a commencé à officier à Roissy en 1994 - poste qu'il n'a jamais voulu quitter - ne compte plus les catastrophes aériennes. C'est d'ailleurs après le drame de Charm El-Cheikh en 2004 qu'il a suggéré la création d'un poste d'aumônier musulman, "avant même qu'il y en ait dans les armées".

Aux accidents aériens sont venus s'ajouter les attentats, et la crainte d'attentats, dans un lieu particulièrement sensible. Après les attaques de janvier 2015, une "prière commune" a été organisée. "C'était important, aussi, de montrer qu'on ne pouvait pas stigmatiser une partie de l'aéroport. Du jour au lendemain, certains musulmans, des salariés notamment, nous ont dit +On ne nous dit plus bonjour, on nous regarde comme des terroristes+", se souvient le rabbin Lewin.

"Je ne sais pas comment, mais il faudrait créer des espaces comme les nôtres dans les villes, les entreprises", dit Yves de Brunhoff. "J'espère qu'avant de mourir, je verrai cette expérience étendue ailleurs", abonde Hazem El Shafei. Et le rabbin de conclure : "Inch'Allah".

CNews suspend Audrey Pulvar d'antenne pour une pétition anti-Le Pen

La chaîne d'info CNews (groupe Canal+) a décidé de suspendre d'antenne sa présentatrice Audrey Pulvar pour avoir signé une pétition féministe contre Marine Le Pen et pour Emmanuel Macron, a annoncé une porte-parole de la chaîne, confirmant une information du Parisien.

La signature de la journaliste a été critiquée par Florian Philippot, vice-président du Front national, qui dans un tweet mercredi a déclaré : "Pétition contre MLP signée par Audrey Pulvar, qui anime des émissions politiques sur . Ça pose un vrai problème d'impartialité".

La présentatrice, qui anime le dimanche sur CNews "Le Grand Rendez-vous" et l'émission politique "Le grand journal de la présidentielle", sera suspendue d'antenne jusqu'à la fin de la campagne le 7 mai, a précisé la porte-parole.

Cette décision a été prise au nom de la "déontologie" et de "la nécessité d'un devoir de réserve" des journalistes qui ne doivent "pas préciser pour qui ils votent", a fait valoir CNews.

"Audrey Pulvar suspendue par CNews pour une signature contre le FN ??? Décidément la République a perdu du terrain", a tweeté jeudi matin la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem.

"Audrey Pulvar, suspendue sur injonction du FN pour avoir choisi la République et les droits des femmes contre l'ext.droite. Soutien et amitié" a tweeté Laurence Rossignol, la ministre de la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes, instigatrice de cette pétition intitulée "Féministes, nous ne voulons pas du Front National. Nous votons Emmanuel Macron".

Le secrétaire d’État aux Affaires européennes Harlem Désir a lui posté : "A.Pulvar sanctionnée pour avoir signé contre le FN! Quelle régression. Il y a 15 ans tous les démocrates étaient rassemblés pour la République".

"Tribune salutaire et soutien à Audrey Pulvar", a également commenté l'eurodéputé Yannick Jadot.

SOS Racisme a dénoncé sur le réseau social "la suspension d'Audrey Pulvar +au nom d'une prétendue neutralité+".

Selon le texte de la pétition, "l'élection de Marine Le Pen à la présidentielle serait une défaite pour les femmes". Il est notamment reproché à Marine Le Pen "l'avortement qualifié de confort, la stigmatisation des femmes étrangères" ou "l'instrumentalisation raciste du combat contre l'oppression religieuse".

La pétition est signée par une cinquantaine de personnalités, dont Zabou Breitman, Julie Gayet, Pascale Breugnot, Bruno Solo, le rabbin Delphine Horvilleur ou encore Agnès Jaoui.

Coupe de France: le PSG rejoint Angers en finale

Paris-Monaco, 5-0? Oui, mais c'était une ASM sans aucun titulaire habituel, logiquement écrasée par l'équipe-type du PSG, qui s'est invitée mercredi sans états d'âme à la finale de la centième Coupe de France.

Le 27 mai contre Angers au Stade de France, le club de la capitale aura la possibilité de remporter sa troisième Coupe de France d'affilée, soit la onzième de son histoire, un nouveau record national.

Monaco, confronté à un calendrier roboratif entremêlant trois compétitions (L1, C1 et donc Coupe de France), avait choisi de sacrifier la "Vieille Dame" afin d'accentuer sa priorité donnée à la Ligue 1, dont le club est leader avec un avantage certain sur le PSG (autant de points mais une bien meilleure différence de buts et un match en moins).

"Si nous jouons avec les mêmes douze ou treize joueurs, si nous ne faisons pas ce choix, peut-être que nous n'arriverons pas à la fin de la saison avec onze joueurs, s'est justifié l'entraîneur Leonardo Jardim. On n'a pas le choix. C'est une décision de tout le club: dirigeants, staff technique, staff médical".

"C'est dommage de ne pas pouvoir jouer la Coupe de France à fond. Mais avec le championnat et la Ligue des champions, il fallait prendre une décision. Nous sommes l'équipe qui a le plus joué en Europe", a assumé le vice-président de Monaco, Vadim Vasilyev.

- Bis voire ter -

L'affiche entre les deux meilleurs clubs français de la saison s'est du coup flétrie. Le onze monégasque fleurait fort la CFA, avec des joueurs comme Jorge, Diallo, N'Doram (le fils de Japhet), Cardona, Andzouana, Beaulieu, Mbae ou Muyumba. Et pour seuls repères, le gardien quadragénaire De Sanctis, Raggi et Germain.

Bref, une équipe bis voire ter convoquant le souvenir des "minots" de Marseille venus décrocher un valeureux 0-0 en championnat au Parc en mars 2006. Mais en fait, non, rien à voir.

Car le PSG actuel, alignant quasiment son équipe-type, a fait le travail sans forcer; il s'agissait aussi sans doute de garder des forces pour le déplacement dominical à Nice en L1.

Les jeunes Monégasques ont surtout défendu, et sont parfois parvenus à installer un faux rythme piégeux dans lequel tombaient leurs adversaires, parfois désinvoltes avec le ballon.

Mais l'écrasante domination parisienne, quoique pas si folle en occasions nettes, allait finir par se matérialiser, avec un peu de chance, et à deux moments-clefs.

- 45e but de Cavani -

Cela s'est fait en deux séquences similaires, avec à chaque fois deux buts coup sur coup, et le premier avec la collaboration malheureuse de l'adversaire.

Première séquence: pressé par Cavani, De Sanctis commet une énorme faute de mains et laisse le loisir à Draxler de débloquer le score avec son 9e but parisien (25e).

Cavani, d'une madjer inspirée (31e), inscrivait dans la foulée son 45e but personnel en autant de rencontres cette saison. Alors que le Parc commençait à s'impatienter, voilà le PSG qui menait 2-0 à la demi-heure de jeu.

Seconde séquence: Mbae marquait contre son camp sur un centre de Di María (50e), puis Matuidi, qui avait déjà trouvé le poteau (43e), plantait le clou à la réception d'un nouveau centre du même Di María (52e). Quelques minutes après la pause, déjà 4-0 et match plié. Avant que Marquinhos ne complète la "manita" (90e).

Les Monégasques, hormis la première occasion nette du match (une tête bien placée par Diallo et détournée en corner par Areola à la 20e minute), ont à peine vu le jour. Là n'était pas l'essentiel.

L'essentiel pour Paris était la qualification, histoire, à défaut de parvenir enfin dans le dernier carré de la Ligue des champions, d'espérer au moins continuer sa razzia de trophées domestiques, après ses deux quadruplés nationaux d'affilée et ses victoires en 2016-2017 dans le Trophée des Champions et la Coupe de la Ligue.

L'essentiel pour Monaco était d'enterrer la "Vieille Dame" pour passer aux choses sérieuses: la L1 et la Ligue des champions, dont elle joue les demi-finales face à la Juventus. Avec Mbappé plutôt que Mbae.

La paix est revenue à Damasak, dans le nord du Nigeria. Pas ses enfants.

Quand les deux petits frères de Yagana Bukar ont été kidnappés par le groupe jihadiste Boko Haram au Nigeria il y a trois ans, il n'y a eu ni vague d'émotion internationale, ni manifestation dans les rues d'Abuja.

Et pourtant, Mohammed et Sadiq Bukar faisaient partie des quelque 300 écoliers, pour la plupart des enfants d'une dizaine d'années, enlevés par les combattants islamistes nigérians dans la ville de Damasak, à la frontière avec le Niger, le 24 novembre 2014.

Quelques mois auparavant, le monde entier s'était ému du kidnapping de masse de 219 lycéennes, la plupart chrétiennes, dans une autre ville nigériane, Chibok. Un mouvement de soutien avait vu le jour sur les réseaux sociaux sous le hashtag #BringBackOurGirls, repris dans le monde entier.

Mais aucun hashtag pour les enfants de Damasak. Faute d'information fiable, faute d'accès des médias à une région totalement inaccessible et faute de reconnaissance des politiques, ils ont disparu aussi vite dans les esprits que dans la brousse, où leurs ravisseurs les ont conduit de force.

Ils représentent l'une des nombreuses tragédies étouffées de ce conflit, qui a fait au moins 20.000 morts, obligé 2,6 millions de personnes à quitter leur foyer, et entraîné une terrible crise alimentaire dans toute la région du lac Tchad.

"Quand les combattants de Boko Haram sont arrivés, ils ont rassemblé tous les gamins dans une maison", se souvient leur soeur Yagana, qui a aujourd'hui 20 ans.

"Au début, Boko Haram contrôlait la ville, mais ils n'avaient rien brûlé encore, ils n'avaient tué personne", raconte-t-elle à l'AFP, assise sur un tapis de prières, juste devant leur maison en torchis.

Mais après une semaine d'occupation, le climat est tendu et les tueries se rapprochent. Comme des milliers d'habitants de Damasak, la famille de Yagana décide de fuir vers le Niger.

La jeune fille n'a plus jamais revu ses petits frères. "J'espère qu'ils reviendront bientôt", souffle-t-elle.

Perdue dans des souvenirs qu'elle n'a pas l'habitude de ressasser, la jeune fille se met à pleurer. "Ils me manquent vraiment. Ils sont toujours avec moi".

Mais les forces de sécurité nigérianes avouent n'avoir aucune information nouvelle pour localiser les enfants de Damasak.

"Si nous en avions, nous travaillerions dans ce sens", explique le commandant Muhammed Kaigama, en poste dans la ville depuis que l'armée à chasser les jihadistes en juillet dernier.

- Atmosphère de paix -

Les signes du conflit n'ont pas pour autant disparu, et les enseignes noires du groupe jihadiste restent ostensiblement incrustées sur les ruines des murs de la route principale.

La grande ville frontalière a néanmoins retrouvé le calme dans une région toujours dévastée par la guerre.

La route de 200 kilomètres qui mène à Maiduguri, la capitale de l'Etat du Borno, a été réouverte en décembre dernier et le premier hélicoptère humanitaire a pu se poser il y a un mois.

Le gouvernement local travaille à la reconstruction des infrastructures, les ONGs font des distributions de nourriture et apportent les soins de santé nécessaires. Elles ont repris les campagnes de vaccination contre la poliomyélite.

Les marchés s'animent et les enfants jouent avec des pneus. Si tout va bien, les écoles devraient réouvrir le mois prochain.

Dans une maison, la famille d'un tailleur récemment revenue du Niger célèbre le mariage de leur fille. Partout dans la ville règne une atmosphère de paix.

Les forces de sécurité expliquent ce calme par la division du groupe Boko Haram en août dernier. D'un côté, la faction dirigée par Abubakar Shekau, de l'autre celle d'Abou Musab Al Barnaoui.

Damasak, dans l'extrême nord, est sous contrôle d'Al Barnaoui, adoubé par le groupe Etat islamique (EI), qui a notamment critiqué Shekau pour les massacres de civils à répétition.

"Selon leur idéologie, ils ciblent plus l'armée et les militaires, mais ils ne sont jamais venus nous attaquer", souligne le commandant Kaigama.

La présence militaire est particulièrement importante dans la ville, et les patrouilles sont fréquentes à 30 kilomètres à la ronde autour de Damasak.

"Ceux de Shekau, ils nous tuent et nous pillent, mais ceux de Barnaoui, ils tuent seulement les soldats", poursuit Gudusu Kyari, 39 ans, qui n'oublie toutefois jamais son couteau à la ceinture.

L'armée nigériane est encore loin de contrôler tout le nord-est du pays, mais les habitants de Damasak peuvent rentrer chez eux, et tenter de reconstruire ce qu'ils avaient dû quitter.

Goni Modu Aji, agriculteur de 50 ans, peut d'ailleurs retourner aux champs, après avoir été réfugié pendant deux ans au Niger. Il cultive la terre, les yeux rivés sur le fleuve qui sépare les deux pays. "Ils ont seulement parlé de Chibok", lance-t-il. "Ils n'ont pas parlé des autres endroits".